Le Mixed Martial Art en France

Le MMA encore appelé maladroitement «free fight» en France, reste une discipline marginale, underground et qui souffre toujours d'une mauvaise image auprès du grand public mais surtout et c'est plus grave, auprès des instances dirigeantes du sport.

Pour comprendre pourquoi le MMA n'est pas autorisé mais simplement toléré, il faut s'intéresser à la position particulière des activités physiques et sportives dans notre pays. Elles constituent un élément important de l'éducation, de la culture, de l'intégration et de la vie sociale. Ces activités contribuent également à la santé, ce qui confère un intérêt général à leur promotion et développement. Dès lors, la gestion de l'activité sportive ressort de l'action conjointe d'acteurs d'horizons divers:

  • Acteurs de droit public (État, Collectivités territoriales...)
  • Acteur de droit privé (associations, clubs, fédérations sportives, entreprises, institutions sociales...)

Pour que le MMA puisse voir le jour légalement, la première étape serait de créer ou de s'affilier à une fédération sportive déjà existante. Les fédérations sportives qui sont un regroupement d'associations, ont pour objet l'organisation de la pratique d'une ou plusieurs disciplines sportives, le plus souvent connexes.

Juridiquement, la loi n° 84-610 du 16 juillet 1984 qui constitue la loi cadre sur le sport en France, distingue deux grandes catégories de fédérations:

Premièrement, les fédérations sportives agréées, sont des fédérations qui ont reçues un label octroyé par l'État. L'agrément peut être délivré par le Ministre chargé des Sports aux fédérations qui, en vue de participer à l'exécution d'une mission de service public relative au développement et à la démocratisation des activités physiques et sportives, ont adopté des statuts comportant certaines dispositions obligatoires et un règlement disciplinaire type.

L'agrément permet à la fédération sportive et donc à la discipline :

  • De percevoir des subventions publiques (financières, personnels d'État ou agent publics...)
  • D'exercer des prérogatives d'ordre contractuel (contrat collectif d'assurance, contrat d'achat ou de vente de produits ou de services...)
  • D'exercer des prérogatives de nature sportive (formation des arbitres, des juges...)
  • D'exercer les droits reconnus à la partie civile (ester en justice, droit au préjudice direct ou indirect des intérêts collectifs de leurs licenciés et de leurs associations sportives affiliées...)
  • D'être propriétaire des droits d'exploitation des manifestations sportive

Bref, l'agrément permet à la discipline d'être reconnue officiellement. En contrepartie la fédération s'engage à adopté des statuts comportant des dispositions qui garantissent leur fonctionnement démocratique, la transparence de gestion, l'égal accès aux hommes et aux femmes à leurs instances dirigeantes, un règlement disciplinaire type, un règlement particulier en matière de lutte contre le dopage conforme au code de la santé publique, et de justifier d'être en mesure d'offrir à leurs membres les structures administratives et l'encadrement technique que requiert la pratique de la discipline.

Deuxièmement, dans chaque discipline sportive et pour une durée déterminée, une seule fédération agréée reçoit délégation du Ministre chargé des Sports. Cette délégation permet aux fédérations:

  • D'organiser les compétitions sportives à l'issue desquelles sont délivrés les titres internationaux, nationaux, régionaux ou départementaux
  • De procéder aux sélections correspondantes
  • De proposer l'inscription sur les listes de sportifs, d'entraîneurs, d'arbitres et juges de haut niveau, sur la liste des sportifs Espoirs et sur la liste des partenaires d'entraînement

Mais surtout, et pour le MMA c'est peut être le plus important:

  • D'édicter les règles techniques propres à leur discipline
  • D'édicter les règlements relatifs à l'organisation de toute manifestation ouverte à leurs licenciés

Malheureusement pour beaucoup le MMA reste synonyme de barbarie, un pseudo-sport où aucune règle n'est mise en place, tous les coups sont permis même sur un adversaire au sol et qui fait l'apologie de la violence gratuite. Même dans les plus hautes sphères décisionnelles, là où se trouve normalement l'élite intellectuel, c'est le même constat d'ignorance (voir l'interview de l'ancien Ministre de la Jeunesse et des Sport, Jean François Lamour dans l'émission « C'est off » consacré au MMA).

Mais non content d'interdire par arrêté préfectoral les combats classés par les organisateurs d'une manifestation sous l'appellation de « Free fight », « MMA » ou « Combat libre » qui ne sont reconnues par aucune fédération car ne répondant pas aux critères d'une mission de service public comme mentionnés précédemment, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) dans une recommandation datée du 20 décembre 2005, considère que la retransmission et la diffusion de ce type de combat à la télévision:

  • Porte atteinte à la dignité des participant
  • Est susceptible de nuire gravement à l'épanouissement physique, mental ou moral des mineurs
  • Est contraire à la sauvegarde de l'ordre public

Or la discipline a beaucoup évolué depuis ces dernières années et les images des premiers UFC (Ultimate Fighting Championship) sans catégorie de poids, ni gants, ni valeur morale sont complètement obsolètes. Désormais encadré, le MMA est un véritable sport de combat qui inculque les valeurs éducatives propres aux arts martiaux (traditionnels) telles que le respect, le contrôle de soi, le courage, la modestie...

C'est un sport complet à fort potentiel pédagogique, qui peut plaire aux hommes et aux femmes de tout âge et de toute catégorie sociale. C'est un sport de compétition avec un encadrement arbitral et médical strict où de nombreuses règles existent déjà et peuvent encore évoluée afin de préserver l'intégrité des athlètes.

C'est donc par la diffusion de réelles informations au plus grand nombre que tomberont les préjugés sur le MMA. Ainsi ce formidable sport, déjà présent aux quatre coins du monde et qui ne cesse de remplir les salles et de soulever les foules pourra sans doute se faire une place chez nous, parmi les différentes fédérations de sport de combat déjà existantes; à condition bien sûr que celles-ci ne l'en empêche pas, mais ça c'est une autre histoire...

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